L'IA et la transition écologique : des temporalités difficiles à aligner

15 juin 2026 — avec Paul-Hugo Fischer, Henrik Berger

Le lancement de ChatGPT par OpenAI en novembre 2022 marque un basculement rapide : le produit atteint le million d’utilisateurs en quelques jours, illustrant une dynamique d’adoption extrêmement accélérée. Même si ses performances restent imparfaites, cet événement ouvre une phase de transformation technologique majeure, souvent décrite comme schumpétérienne.

Cette accélération s’inscrit en tension avec la transition écologique, qui repose au contraire sur des horizons longs, des ajustements progressifs et des arbitrages politiques stables. Les deux dynamiques entrent ainsi en concurrence dans les récits contemporains du progrès.

Le déploiement de l’IA agit comme un choc d’infrastructure, fortement consommateur en ressources, porté par une logique de gains de productivité immédiats. Cette logique peut fragiliser les trajectoires climatiques, en verrouillant certains choix technologiques et en créant une forme d’anticipation de bénéfices environnementaux futurs qui restent incertains.

On observe ainsi une opposition structurelle entre la vitesse de l’innovation et le temps long de l’action climatique, entre la rentabilité privée et les contraintes collectives, et entre les gains attendus à court terme et les coûts environnementaux différés.